jeudi 9 février 2012

Echec sentimental, 2012 ème





Alors voilà ce que j'ai vu. Il était tard mais n'allez pas croire aux insomnies. Un soleil nocturne éclairait le quai d'une lumière blanche et vague, et l'eau ruisselait vers le coeur de la terre. J'étais là comme j'aurais pu être ailleurs, vivante si on y croit, les yeux ouverts sur l'instant d'avant qu'il ne se passe quelque chose. De loin j'ai vu l'ombre, allongée et lustrée, rampante sur sol noir. Elle avançait lentement en danseuse de butô, et étirait le paysage à la limite du mouvement. 
Il y a trop de mots et pas assez de blancs pour décrire la lenteur.

Extrait d'une nouvelle parue dans la revue A la Dérive, N°3
http://aladerive.jimdo.com/num%C3%A9ros/n-3-sur-une-image-de-r%C3%A9gis-guillaume/



mercredi 1 février 2012

Locus focus



I haven't played in public for mostly 14 years . I will play a short piece, this piece is called « lesson for the birds ».
Hier il manquait l'effroi, et la bave, celle qui coule entre les dents, la toux, le sang qui nous inonde, gifle et serpente le public, bave miroir, la gorge qui s'effile, crier l'histoire, hurler intérieur jours chacun à notre tour yeux collés contre ses orbites ouvertes. Ce qu'on y voit n'est pas fait pour les mots.
Les murs poussent
bougent blancs et épais et crayeux et vieux et
il se touche, tout ce qu'on peut atteindre avec les mains, poitrine, épaules, sexe, et anatomiquement dansant.

Performance Locus Focus par Min Tanaka, Janvier 2012, Abbaye du Ronceray (extrait de texte écrit pendant la représentation)


lundi 16 janvier 2012

Non nova, sed nove




J'ai aimé cet entre2 et davantage, ailleurs serait plus juste.
Au départ il y a des yeux sur fond de drap blanc, dire visage serait présumer. Le corps bouffi et des chaussures informes. Qui coupe et scotche des sachets plastiques en Gepetto du vertige, sachets au devenir bonshommes volant, valsant, dansant avec le vent des souffleurs qui bordent le ring. Un ring pour une personne et nuée de polymères en versicolore, vivants. Je refuse de m'interroger, de me laisser questionner le nez sur les sacs plastiques, pollution et je ne sais quoi, la smokey mountain, c'est déjà bien assez de la voir, vu.
Reste la danse, la beauté vole me disait un ami, et l'enfance, comme un jeté de sable entre des mains petites ou grandes, et le tourbillon ne cesse que parce qu'il se casse. De peur qu'il ne devienne ? Transpercées, déchirées les marionnettes au sang plus léger que l'air. Toutes dans un grand sac, retour vers un futur utile.
Alors le corps se déshabille, lentement, mais de l'intérieur aussi, ça sort par le ventre, ça sort par le sexe, un long filet de plastique noir je crois c'est écoeurant je vomis l'envie que ça dure. J'attends mais pour le temps la peau la chair ou je ne sais quoi ne pas savoir enfin. Mains et pieds nus et un bas qui recouvre encore le corps qu'elle arrache avec les dents. J'ai dit elle les bras sont un peu trop peu fins. Et mon regard cherche et mon cerveau reconstruit, et il se trompe et c'est bien fait.


Vortex, Cie Non Nova, Décembre 2011, NTA Angers

dimanche 11 décembre 2011

Des deux côtés de la peau





Il a une posture de maître. Il a demandé aux étudiants pourquoi ils voulaient danser, c'est la première fois qu'on leur demandait ça. Il les a fait travailler les yeux bandés, et pas dix minutes, toute la journée, repas compris. Elle a mis quatre ans à le convaincre de venir enseigner ici.
Il faut toujours croire ce qu'on entend dans les ascenseurs.
Il, c'est Min Tanaka, danseur de butô, butai (danse-état), danseur du lieu, des lieux, décharges, musées, rues, rizières, champs de fouilles, hôpitaux psychiatriques, La Borde, il est habillé en femme ou homme ou peu importe, il avance, chaussures sans lacets, nattes oranges, il avance dans le corps des gens fous, les yeux mi-clos et la peau du visage comme retournée sur elle-même, il dit qu'il y a une violence à faire converger les regards. Derrière l'écran quelques s'offusquent, avoir l'air d'un fou quand on va chez les fous ce n'est pas très correct. (Pardon, j'ai écrit le mot fou, et parfois même, il danse nu, et ocre, et descend trois marches en trois quart d'heure dans un musée, celui des Arts décoratifs).
Mais alors la performance, reprend un autre dans la salle, depuis le temps, vous devez bien en avoir une définition ? Le quotidien, il répond.
Et dans l'ascenseur du retour, je pense à l'«odori», le léger battement à la surface des fontanelles du nouveau-né...